SUMATRA


SUMATRA
SUMATRA

La grande île de Sumatra (473 000 km2) a une population de 36 881 990 habitants (1989), soit une densité de 78 habitants au kilomètre carré. Elle est beaucoup moins peuplée que Java (823 hab./km2 à la même date), dont elle ne partage pas les difficiles problèmes, et possède, sans doute, les plus grandes richesses naturelles de l’Indonésie.

Le pays

Sous un climat équatorial, à pluies continues toute l’année, qui donne un couvert forestier, l’île oppose une longue échine montagneuse orientée nord-ouest-sud-est, à l’ouest, et une grande plaine à l’est. L’île est donc dissymétrique, et tous les fleuves importants coulent d’ouest en est, vers le détroit de Malacca.

Le relief

L’échine montagneuse, les monts Barisan, forme un ensemble lui-même dissymétrique, aux aspects très divers, mais massif et lourd, en dépit de l’existence d’une dépression longitudinale, qui fend en quelque sorte la montagne, le Median Graben (ou Semangka Graben), dont le rebord occidental est un mur raviné par des rivières violentes, accidenté de plages de coraux surélevées audessus de médiocres plaines alluviales; le rebord oriental est plus doux, précédé d’une ligne de collines de piedmont. Les aspects sont très divers: plateaux de tufs volcaniques entaillés de larges vallées à fonds plats (ngarai ), ou de gorges extraordinaires, ainsi celles de l’Asahan, émissaire du lac Toba à travers les surfaces subhorizontales du Toba; cônes volcaniques (Sibajak et Sinabung); karst à pitons (au sud du volcan Kerintji); longs escarpements rectilignes et très frais. Enfin, l’ensemble est massif, assez difficilement franchissable et mal aéré par la longue dépression longitudinale; le Median Graben, en effet, n’est bien dessiné que par endroits: à peine esquissé au nord (vallée de l’Alas), net au centre (vallées de l’Angkola et de la Gadis, de la Rokan, de la Hari), très net à l’extrême sud (vallée de la Semangka, baie de Semangka), il est constamment interrompu par des appareils volcaniques et parfois complètement masqué, notamment par l’«intumescence Toba». Les monts Barisan sont un élément important de l’«arc interne» de l’Insulinde, de cette guirlande d’orogenèse très récente (plio-pléistocène), et de volcanisme actuel. Les monts Barisan sont dus à des mouvements plio-pléistocènes, mais, différence fondamentale avec Java, ces mouvements n’ont pas affecté seulement un matériel très jeune et tendre, mais aussi des terrains plus anciens du «socle» de la Sonde (portés à 3 145 m au mont Leuser, dans le nord), plissés une dernière fois au crétacé, riches en granites intrusifs, et également des terrains volcaniques et des granites miocènes rigides. L’orogenèse plio-pléistocène, dans ces conditions, s’est traduite essentiellement par des failles (en particulier celles qui sont responsables du Median Graben), failles très jeunes donc qui donnent des escarpements très frais. Ces mouvements ne sont pas terminés: des coraux quaternaires ont été surélevés; des failles ont fracturé l’intumescence quaternaire du Toba; les séismes sont fréquents sur la côte orientale (Bengkulu). Il en résulte un relief non volcanique vigoureux qui rend la montagne beaucoup moins pénétrable qu’à Java. Le volcanisme récent masque un relief préexistant: lacs de barrage (Tawar, Singkarak), cônes volcaniques (Sinabung et Sibajak, Merapi, Kerintji, Dempo), lacs de cratère (Maninjan, Ranau) et surtout l’extraordinaire intumescence Toba, le plus grand appareil du monde.

La plaine orientale, large de 200 kilomètres à hauteur de l’équateur et de Palembang, très monotone, a été construite par des fleuves chargés en alluvions, aux lits constamment changeants (Asahan, Rokan, Kampar, Indragiri, Hari, Musi); ces fleuves sont remontés par la marée qui provoque une inondation biquotidienne; aussi la plaine est-elle en grande partie amphibie et occupée par la mangrove, la forêt inondée d’arrière-mangrove, à palmiers Nipa , la forêt sur tourbe (peat forest ), ou encore des marécages. Mais les alluvions masquent une structure géologique très complexe qui apparaît d’ailleurs par endroits: terrains tertiaires et terrains du socle de la Sonde. Les terrains tertiaires forment, d’une part, un piedmont au pied des monts Barisan, d’autre part, des hauteurs isolées (mont Gumar, 1 736 m), enfin et surtout, des collines alignées et parallèles qui apparaissent dans la région de Palembang; ces collines, d’altitude insignifiante (de 30 à 60 m de haut), sont des anticlinaux affectant une série très épaisse (5 000 m) de terrains tendres, anticlinaux aplanis par l’érosion en même temps qu’ils se formaient, mais restant en relief par suite de la persistance du mouvement; les mêmes terrains sont masqués par les alluvions entre Jambi et Pakanbaru: ils sont très riches en pétrole. Les terrains du socle de la Sonde (y compris des granites) apparaissent aux monts Tigapulu (722 m), qui coupent presque l’île à hauteur de Jambi, en inselberg (monts Batu, près de Palembang), et dans les îles de Billiton (500 m), Bangka (700 m), Lingga (1 200 m) et Riau.

Climat et végétation

Sumatra a un climat équatorial. Les pluies sont très abondantes: 3 831 mm à Padang (10 S), 2 170 mm à Medan (30 N); elles tombent toute l’année avec deux minima, peu marqués, en février et juillet (sans que les précipitations soient inférieures à 100 mm) et deux maxima, l’un, modeste, d’avril-mai, l’autre, considérable, d’octobre-novembre. Situés de part et d’autre des monts Barisan, Padang et Medan ont sensiblement le même régime de pluies, ce qui est inexplicable compte tenu de l’alternance des vents qui soufflent du nord-est de novembre à mai et du sud-ouest de mai à novembre; ces vents, notamment ceux du sud qui peuvent avoir une certaine vigueur (bohorok , depeq du lac Tawar), ne jouent qu’un rôle des plus limités dans le régime des précipitations: la convection l’emporte sur les advections (toute l’année les pressions sont inférieures à la moyenne). Palembang au sud, d’une part, et l’extrême nord, d’autre part, ont des climats un peu plus secs, mais dans toute l’île, jusqu’à 1 500 mètres d’altitude, la végétation naturelle est la forêt dense sempervirente, forêt dense à Diptérocarpacées en plaine non inondée, forêt dense à Fagacées mêlées de Podocarpus et d’Altingia excelsa en altitude moyenne (avec aussi jusqu’au Kerintji quelques forêts claires à Pinus merkusii ); à une altitude variable, mais normalement entre 1 500 mètres et 1 800 mètres, on trouve la forêt «moussue» (nebelwald ), riche en mousses, lichens et épiphytes. Les immenses zones de savane à Imperata (alang-alang ), qui trouent aujourd’hui la forêt, sont l’œuvre des hommes.

La population

Sumatra, cependant, est encore peu peuplée, en dépit de progrès démographiques récents considérables: en 1930, l’île n’avait que 8 millions d’habitants (18 hab. au km2); en 1961, 15 millions. Ce faible peuplement, plus marqué encore au début de ce siècle quand s’achève la conquête hollandaise, est difficilement explicable, car Sumatra avait été atteinte très tôt par la grande civilisation indienne (dès le début du VIIe siècle, dans la région de Jambi, royaume de Malayu) qui avait provoqué la naissance et le rayonnement pendant près de six siècles (jusqu’à la fin du XIIIe siècle) de la puissante thalassocratie de Crivijaya (Palembang). Ce faible peuplement est, par ailleurs, inégal: Sumatra Nord (Sumatera Utara) a, au recensement de 1990, 144 habitants au kilomètre carré, Sumatra Ouest (Sumatera Barat) 80, alors que la province de Jambi n’en a que 45 et la province de Riau 34. Or les parties peuplées sont pour une part des régions montagneuses, ce qui reste inexpliqué. En revanche, la grande plaine orientale est misérablement peuplée, et l’était plus encore au début du XXe siècle (4 hab./km2 en 1930), alors qu’elle avait été la première touchée par la civilisation indienne; celle-ci n’y a laissé que des traces insignifiantes; il y a là une énigme, une des plus passionnantes qui soient: pourquoi cette disparition, à peu près totale, d’une grande civilisation? Pourquoi cette civilisation n’a-t-elle pas, durablement, domestiqué la nature sumatraine?

Les populations de Sumatra sont variées (on ne compte pas moins de quinze langues différentes): Proto-Malais n’ayant subi ni influence indienne ni influence musulmane; Deutéro-Malais, dont les Achinais et surtout les Menangkabau. Cette variété ethno-linguistique se reflète dans les divisions administratigves (provinces ou propinsi ) qui peuvent servir de base à une étude régionale, d’autant que les provinces ont une assez forte autonomie.

Les régions

L’Atjéh

À l’extrême nord, l’Atjéh a 3 416 156 habitants au recensement de 1990, soit 61,67 habitants au kilomètre carré. La population dominante est le groupe achinais. Les Achinais n’ont pas d’unité ethnique. Ils sont divisés en nombreuses tribus, mais parlent une même langue qui s’écrit avac un alphabet arabe: l’influence culturelle arabe est considérable. Les Achinais sont farouchement musulmans (ils offrirent en 1869 de se reconnaître sujets du sultan) et, bien qu’ayant été les premiers en contact avec les Européens, ils opposèrent, de 1898 à 1909, une longue résistance aux Hollandais. Ils étaient organisés en une société féodale, dominée par des princes contre lesquels se sont dressés, pendant l’occupation japonaise et les premiers mois de la République, les ulémas (massacres de 1946). Le pays atjéh est presque entièrement montagneux, les monts Barisan occupant toute l’île, à l’exception d’étroites plaines côtières; il est également massif, le Median Graben étant à peine esquissé (vallée de l’Atjéh, vallée de l’Alas), négligé d’ailleurs par les voies de communication (qui empruntent la plaine orientale), et le soubassement de terrains non volcaniques étant ici particulièrement élevé (mont Teuser). Le volcanisme récent est discret: île de Poulo We, cônes de Peuetsagu, du Geureudong, lac de barrage du Tawar. Le climat est le plus sec de tout Sumatra, au moins en plaine (1 500 mm à Banda Atjéh, la capitale, ex-Kutaradja), ce qui rend indispensable l’irrigation des rizières. Les Achinais sont un peuple de plaine où ils constituent de très fortes densités, cultivant à côté du riz des productions commerciales familiales (cocotier, poivrier, giroflier, muscade), élevant bovins et caprins. Cependant, les montagnes, vides, sont couvertes de savanes (ou blang , Pogonatherum Saccharum , Themeda ), ce qui n’est guère explicable. Il est vrai que, plus au sud, les Gajos, Proto-Malais plus ou moins islamisés, font des ladang (brûlis). Des populations plus primitives encore vivent de chasse et de cueillette dans l’Atjéh central.

Sumatera Utara

Sumatera Utara (Sumatra Nord, 10 256 027 hab. en 1990, soit 144,88 hab./km2) est la province la plus peuplée; c’est aussi, pour une part, le pays batak, le pays du Toba , le pays des plantations. Les Batak constituent le groupe ethnique le plus nombreux et, probablement, le groupe majoritaire. Ces Proto-Malais, coupés de tout contact avec le monde jusqu’au milieu du XIXe siècle, soumis en 1908 seulement, constituent un groupe à la fois très original et très dynamique, en pleine évolution. Ils sont divisés en six tribus dont les plus importantes sont les Karo et les Toba. Chaque tribu est composée d’un certain nombre de clans, patrilinéaires et exogames, les merga , et de sous-clans. Ils vivent en petits villages ou en hameaux serrés (huta ), dans des maisons robustes de planches, au toit de chaume ensellé, à la façade ornée fortement inclinée, aux pilotis nombreux et forts formant une sorte de grande cage où sont enfermés les porcs; chaque maison abrite un ou plusieurs ménages (djabu ); chez les Karo, le djambor , à deux étages, sert à la fois de grenier à riz collectif, de dortoir pour les jeunes hommes et des veufs et de salle de réunion (balé ); chaque village comprend obligatoirement des membres de plusieurs merga. Les Batak étaient animistes, pratiquaient le culte des morts, le sacrifice des buffles, la chasse aux têtes; ils ont été convertis en majorité au protestantisme. Ils peuplaient les montagnes, avec des densités parfois très fortes (plus de 200 hab./km2, en 1930, dans la plaine de Baligi), faisant des brûlis ou cultivant à la houe des rizières en terrasses. Ils ont aujourd’hui émigré vers les pentes extérieures, vers la plaine, vers Medan. Instruits par les missions luthériennes, dynamiques, ils jouent un rôle très important en Indonésie.

L’aspect physique des monts Barisan est, ici, complètement modifié par la présence d’une énorme masse volcanique, l’intumescence Toba (100 km de large, 300 km de long), sorte de coupole qui barre le Median Graben sur toute son épaisseur, atteignant 2 000 mètres d’altitude. Le cœur s’est effondré par failles sur 3 000 kilomètres carrés et est occupé en partie par un lac de 1 100 kilomètres carrés (quatre fois la superficie du lac Léman) avec une profondeur de 500 mètres au centre duquel s’élève l’île de Samosir (1 600 m). Au nord, on trouve deux cônes andésitiques, Sinabung et Sibajak, au sud-est un puissant émissaire, l’Asahan. L’histoire, très récente et très compliquée, révèle un soulèvement d’ensemble au début du quaternaire (les hommes étaient déjà apparus), avec émission d’une masse énorme de cendres acides transportées par les vents sur 20 000 à 30 000 kilomètres carrés et qui se sont cimentées en retombant, à haute température, constituant des tufs durs, les ignimbrites, qui donnent de grands plateaux; ce dôme s’est effondré en son centre, partiellement occupé par le lac Toba; ensuite est sortie l’île de Samosir.

Sur les flancs orientaux de l’intumescence Toba et dans l’étroite plaine alluviale, là où elle n’est pas occupée par des rizières et des cocotiers, s’étend une des plus grandes zones de plantations du monde. De grandes sociétés hollandaises, anglaises, américaines, franco-belges, avaient créé ici, dans un pays pratiquement vide, sur des sols dacitiques et andésitiques fertiles, des plantations de tabac (1863), d’hévéas (1907), de théiers (1911), d’Eloeis (palmiers à huile) et de sisal. La population de ce qui était l’Oostkust est passée de 116 000 habitants en 1880 à 1 675 000 habitants en 1930, à quelque 5 millions de nos jours, grâce à une immigration massive (Chinois, Javanais et Batak). La plupart des plantations (hollandaises, anglaises et américaines) ont été nationalisées entre 1958 et 1965 et ont connu une période de crise grave. À l’heure actuelle, les plantations d’hévéas et d’Eloeis sont, à nouveau, en pleine production. Les plantations anglaises (Harrisson & Crossfield) et américaines (Good Year) ont été rendues à leurs propriétaires à qui les plantations franco-belges de la Socfindo n’avaient jamais été enlevées. Les plantations ex-hollandaises, devenues nationales, groupées comme ailleurs en Indonésie en P.T.P. (qui acceptent aussi des capitaux privés) ont été l’objet d’une remarquable remise en état («réhabilitation»); à l’hévéa et à l’Eloeis , en très grands progrès, s’ajoute le cacaoyer. Plus haut en altitude (autour de Siantar), les plantations de théiers sont, elles aussi, prospères; le sisal a été abandonné.

Des gisements de pétrole, cédés par Shell à la société d’État Pertamina, produisent 5 millions de tonnes, dans la baie d’Aru, qui sont raffinées à Pangkaban Buantan. Medan, capitale de la province, compte 1 685 972 habitants en 1990, et son port, Belawan Deli, a un trafic supérieur à 1 million de tonnes et est le deuxième port d’Indonésie par la valeur des exportations.

Vers le sud, dans les monts Barisan, les caractères de Sumatera Utara s’estompent: le Median Graben est particulièrement bien marqué par les dépressions de l’Angkola et du Gadis, tandis que les Mandailing sont bien des Batak, mais islamisés.

Sumatera Barat

Sumatera Barat (Sumatra Ouest, 4 000 207 hab. en 1990, soit 80,36 hab./km2) est le pays menangkabau. Les Menangkabaus sont des Deutéro-Malais qui présentent le caractère paradoxal d’être à la fois musulmans très pratiquants et matrilinéaires. Les communes (negiris ) révèlent ce caractère. Les mosquées y sont nombreuses; mais il y subsiste les rumah adat (maisons traditionnelles), dont les faîtes des toits sont imbriqués et ensellés et où vivent les différentes filles d’un ménage avec leurs époux. Le lignage (paruik ) matrilinéaire est le propriétaire éminent des terres. Le clan (payung ) est, au-dessus, exogamique, dont le chef (penghulu ) est toujours assisté par un conseil d’hommes adultes. Les payungs sont fédérés en sukus . Le negiri , lui-même, est une véritable république (où sont représentés plusieurs pajung ), ayant autrefois sa coutume (adat ), son lieu de réunion (balé ), son tribunal et même son système de poids et mesures. Société originale mais pleine de contradictions: en particulier, si les fils héritent de droits sur les rizières du paruik , ils perdent ces droits en se mariant et en allant vivre chez leurs beaux-parents et ne peuvent donc rien transmettre de ces droits à leurs enfants.

Les Menangkabaus habitent l’étroite plaine côtière orientale et aussi les hautes terres. Le Median Graben est, ici, particulièrement bien marqué: haute vallée de la Sumpur-Rokan, haute vallée de la Hari; il est cependant morcelé par trois ensembles volcaniques: Merapi-Singalang; Talang; Kerintji; entre Merapi et Talang, un lac de barrage, le lac Singkarak. Le cœur du pays menangkabau est au pied de l’ensemble Merapi-Singalang, là où les monts Barisan sont particulièrement faciles à franchir (de là l’importance de Bukit-Tinggi).

Les Menangkabaus pratiquaient une agriculture soignée, avec des rizières irriguées et, au début du XXe siècle, des cultures commerciales (cocotiers et caféiers). Si l’agriculture menangkabaue est restée, largement, une agriculture commercialisée (cocotiers en plaine, manioc, canne à sucre, piments, épices, tabac, légumes en altitude), elle est en décadence. Conséquence d’une très forte émigration: l’émigration masculine (merantau ) vers les villes, vers Jakarta, vers l’étranger même (péninsule Malaise) est ancienne et due, semble-t-il, à la structure matrilinéaire de la société qui condamne l’homme, faute d’avoir de vrais droits sur la terre, à s’enrichir à l’extérieur. Mais cette émigration a pris une ampleur considérable du fait, aussi, du surpeuplement, aggravé par la crise du café, par la disparition des industries artisanales, par le déclin des mines de charbon d’Ombilin. Sumatera Barat est la province qui, de loin, a le moins progressé démographiquement depuis 1930 (1 910 000 hab.). Padang (477 344 hab. en 1990) est un port tout à fait secondaire: le pays menangkabau est sur la mauvaise face de Sumatra.

Les deux provinces de Riau et de Jambi sont beaucoup moins peuplées, comme il a été dit (3 600 000 hab., soit 25 hab./km2); elles forment la plus grande partie de la plaine orientale, en partie amphibie, avec d’immenses estuaires remontés par la marée. Des pionniers chinois ont développé la pêche (par pièges sur cette côte basse) et l’exploitation du bois; des pionniers de diverses origines ont créé des small holdings (petites exploitations) d’hévéas, sur quelque 200 000 hectares, dont la production est exportée vers Singapour. Surtout, la province de Riau contient à Minas et à Duri les plus riches gisements de pétrole d’Indonésie: quelque 36 millions de tonnes exploitées par Caltex et exportées par le port de Dumai, terminal du pipe-line. L’archipel de Riau est exceptionnellement riche en bauxite.

Sumatera Selantan-Lampung

Sumatera Selantan (Sumatra Sud), autre portion de la plaine orientale bien qu’elle englobe aussi une partie des monts Barisan avec le volcan actif Dempo (3 159 m) et le lac Ranau, est plus peuplée (6 313 074 hab. en 1990, soit 60,88 hab./km2). Cela est dû moins à l’importance des small holdings d’hévéas (100 000 ha), ou à l’importance des cultures vivrières développées par des immigrants javanais dans le cadre de la «transmigration», qu’à la présence et au rôle de Palembang, sur la Musi, à 100 kilomètres de la mer, ville de 1 084 483 habitants en 1990, port et centre industriel actif (raffineries de Pladju et Sungai Gerong, usine d’engrais chimiques) dont l’influence s’étend loin vers l’extérieur grâce aux voies ferrées.

Le pétrole des anticlinaux tertiaires est exploité et raffiné par la Stanvac, cependant que les mines de charbon de Bukit Assem sont en plein déclin. Bangka et Billiton font de l’Indonésie le cinquième producteur mondial d’étain.

La province de Bengkulu (1 179 122 hab. en 1990, soit 55,7 hab./km2) correspond à une portion des monts Barisan mal connue et sans intérêt économique et à une zone côtière sans grande activité, peuplée en grande partie d’immigrés javanais. Quant à la province Lampung (6 017 573 hab. en 1990, soit 180,67 hab./km2), elle constitue la plus grande zone pionnière de l’Indonésie. La population, qui n’était que de 380 000 habitants en 1934, a été multipliée par douze en cinquante ans; ceci grâce à une immigration officielle javanaise, organisée à l’origine par les Hollandais (à partir de 1905, mais n’ayant pris de l’extension qu’après 1932), poursuivie systématiquement dans le cadre de la transmigration par le gouvernement.

Les autochtones lampung, Proto-Malais peu nombreux, n’occupaient et n’occupent que les bas plateaux volcaniques, où ils ont, sur terres rouges ferrallitiques, des ladang de riz et de cultures commerciales (hévéas, poivriers). Les immigrants javanais venus avant 1939 ont pu mettre en valeur les plaines basses par une riziculture irriguée, intensive, avec utilisation d’engrais et donnant, comme à Java, deux ou trois récoltes de riz par an (plaines de Tandjungkarang et de Metro-Sukadana). Les «transmigrants» récents n’ont donc pu trouver que des terres d’alluvions anciennes en plaines «hautes», terres autrefois forestières, aujourd’hui herbeuses (alang-alang , Imperata cylindrica ), peu fertiles et non irrigables: dans ces conditions, les gros villages de colonisation, tels Way Abung, dépourvus de bétail, vivent difficilement de manioc et de maïs cultivés sur brûlis; les colons, certes, ont reçu des lots d’hévéas, mais les résultats de ces dernières migrations ont été diversement appréciés. L’agglomération Tandjung Karang-Teluk Betung assure les relations avec Java.

Sumatra
la plus occidentale des grandes îles d'Indonésie; 473 606 km²; 32 604 020 hab.; v. princ. Medan, Palembang et Padang. La côte S.-O. est bordée par des montagnes (alt. max. 3 801 m, au Kerintji) au volcanisme actif, coupées de plateaux. Le reste est une vaste plaine (riz, thé, café). Le climat est équatorial (forêt dense). Sous-sol riche en pétrole.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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